Flamanville 3 : le combustible déchargé, la première visite complète de l’EPR entre dans le dur

À l’EPR de Flamanville 3, le grand arrêt de maintenance a franchi une étape décisive. Les 241 assemblages de combustible du réacteur ont été retirés de la cuve et transférés dans la piscine du bâtiment combustible, a annoncé EDF le 30 octobre. Cette opération ouvre la voie aux chantiers lourds de la première visite complète, dite VC1, dont le remplacement du couvercle de cuve.

Un arrêt programmé de près de 350 jours #

La VC1 a commencé le 26 septembre 2026, date à laquelle l’unité de production n°3 a été déconnectée du réseau électrique national. Selon EDF, cet arrêt programmé de près de 350 jours mobilise jusqu’à 2 500 intervenants et plus de 200 entreprises. Le programme compte près de 20 000 activités et plus de 300 modifications techniques.

« Pour EDF, cette visite complète constitue l’un des rendez-vous industriels les plus importants de la décennie », souligne Sébastien Miossec, directeur de Flamanville 3, cité par l’exploitant. La première visite complète d’un réacteur est un passage réglementaire : elle sert à réaliser les contrôles prévus par le programme de maintenance, tout en menant des opérations destinées à préparer les années d’exploitation suivantes.

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D’après La Presse de la Manche, la fin de la VC1 est prévue le 11 septembre 2027.

Deux jours en continu pour décharger le cœur #

Le déchargement a démarré le mercredi 28 octobre à 1 h 51, rapporte La Presse de la Manche. Les 241 assemblages ont été sortis un à un. Plusieurs dizaines d’intervenants se sont relayés en 3×8 pendant près de deux jours, dans le bâtiment réacteur et le bâtiment combustible.

Sur le principe, l’opération a lieu à chaque arrêt programmé. Pour intervenir en sûreté sur la cuve et ses équipements, il faut retirer le combustible. EDF explique que les assemblages rejoignent la piscine d’entreposage voisine, remplie d’eau, qui les refroidit et assure leur confinement pendant toute la durée de l’arrêt.

Préparée sur simulateur et avec un assemblage factice

Pour un premier déchargement sur ce réacteur, la préparation a pesé lourd. Les équipes ont répété chaque étape lors d’exercices sur simulateur et d’essais avec un assemblage combustible factice, afin de reproduire les gestes dans des conditions proches du réel. Chaque mouvement suit une procédure écrite, avec des vérifications régulières entre le terrain et la salle de commande. Côté sous-traitance, EDF cite notamment REEL et ONET parmi les partenaires de l’opération.

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Cette logique de répétition est familière à toutes les équipes de maintenance confrontées à une intervention rare et critique. Une opération réalisée une fois tous les dix ou dix-huit mois ne peut pas reposer sur la seule mémoire des opérateurs : elle doit être préparée, chronométrée et rejouée avant le jour J.

La MSDG, une machine de plus de 50 tonnes #

Avant de décharger, il faut ouvrir la cuve. C’est le rôle de la machine de serrage et desserrage des goujons, la MSDG. Suspendue au pont polaire et positionnée au millimètre au-dessus de la cuve, cette machine automatisée est un modèle propre à l’EPR. Elle pèse plus de 50 tonnes.

Elle intervient sur les 52 goujons qui fixent le couvercle de cuve. Chacun mesure plus de 2,20 mètres et pèse près de 630 kg, précise EDF. En fonctionnement, ces goujons maintiennent le couvercle dans les conditions du circuit primaire, soit 155 bars de pression et environ 300 °C. Un tel serrage ne se fait pas à la clé dynamométrique : la précision et la répétabilité de la tension appliquée font partie des exigences de sûreté.

Prochaine étape : un nouveau couvercle de cuve #

Le chantier suivant n’est pas habituel pour une première visite complète. Le couvercle de cuve doit être remplacé, une opération prévue de longue date en raison d’une anomalie de conception dans son acier, connue depuis 2015. La Presse de la Manche rappelle que ce changement avait été autorisé à l’époque par l’Autorité de sûreté nucléaire.

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Selon Sébastien Miossec, cité par le journal, ce remplacement devait débuter « début novembre 2026 ». Le nouveau couvercle, de 99 tonnes, devrait être définitivement installé au début de l’année 2027. Il faudra ensuite refermer la cuve, recharger le combustible et dérouler les essais de requalification avant la reconnexion au réseau.

Ce que ce chantier dit de la maintenance industrielle #

Au-delà du nucléaire, la VC1 de Flamanville 3 illustre les ressorts d’un grand arrêt. Il y a d’abord la coordination : plus de 200 entreprises sur un même site, avec des milliers d’activités à ordonnancer sans qu’elles se gênent. Viennent ensuite les outillages spéciaux, comme la MSDG, conçus pour un seul équipement et qu’il faut maintenir eux-mêmes entre deux arrêts.

Le dernier ressort est l’anticipation. Le remplacement du couvercle, identifié il y a plus de dix ans, a été intégré au planning du premier arrêt plutôt que traité en urgence. C’est le principe même de la maintenance planifiée : transformer un risque connu en chantier programmé.

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