Flamanville 3 et Paluel 1 : l’automne des grands arrêts de maintenance nucléaires

Depuis le 26 septembre, l’EPR de Flamanville est à l’arrêt. Le réacteur le plus puissant du parc français, avec 1 600 MW nets injectés sur le réseau, a entamé sa première « visite complète », un arrêt réglementaire programmé sur 350 jours. Deux semaines plus tôt, Paluel 1 redémarrait après sa quatrième visite décennale. Pour les métiers de la maintenance industrielle, ces deux chantiers forment l’un des plus gros volumes de travaux de l’automne en France.

Flamanville 3 : 350 jours d’arrêt et 20 000 activités #

La visite complète n° 1 était attendue dans les 30 mois suivant le chargement du combustible, réalisé le 8 mai 2024. Selon la dépêche AFP reprise par Connaissance des énergies, le programme compte 20 000 activités, environ 2 500 intervenants et 200 entreprises partenaires. EDF chiffre le coût global à « plusieurs centaines de millions d’euros », d’après Renaud Crassous, directeur adjoint performance de la division production nucléaire.

Trois inspections majeures structurent l’arrêt : l’examen de la cuve, celui du circuit primaire et le contrôle de l’étanchéité des circuits hydrauliques. EDF compare l’ampleur du chantier à une visite décennale. Il dure aussi bien plus longtemps que les visites complètes des réacteurs de Chooz et de Civaux, que l’électricien évalue entre 190 et 200 jours.

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Le remplacement du couvercle de cuve

L’opération la plus lourde est le remplacement du couvercle de cuve. L’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) l’a exigé à cause d’une anomalie de composition de l’acier, rendue publique dès avril 2015. Le nouveau couvercle a été fabriqué par Framatome à Saint-Marcel, en Saône-et-Loire. Il pèse près de 100 tonnes pour plus de 5 mètres de diamètre.

L’ancienne pièce restera deux ans entreposée sur le site avant de partir vers un centre de stockage de l’Andra, dans l’Aube. D’autres modifications sont au programme, notamment sur des échangeurs de refroidissement, sur le contrôle-commande et dans la salle de pilotage.

Paluel 1, premier 1 300 MW à passer le cap des 40 ans #

En Seine-Maritime, le réacteur n° 1 de Paluel a été reconnecté au réseau le 12 septembre 2026, après un arrêt commencé le 2 janvier. C’est le premier des 20 réacteurs du palier 1 300 MW à franchir sa quatrième visite décennale.

Les chiffres détaillés par Media24 montrent l’ampleur d’une telle visite : plus de 30 000 activités, plus de 130 entreprises partenaires et plus de 105 modifications de sûreté, dont un dispositif de récupération du corium. Les équipes ont remplacé plus de 80 000 tubes du condenseur, soit près de 1 200 km de tuyauterie. Elles ont aussi changé un rotor de turbine de plus de 200 tonnes et les deux tambours filtrants de 22 mètres de diamètre.

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Trois épreuves réglementaires

Le calendrier d’une visite décennale repose sur trois rendez-vous validés par l’ASNR. À Paluel 1, l’examen de la cuve a eu lieu en février, l’épreuve hydraulique du circuit primaire en mai et l’épreuve de l’enceinte de confinement en juin. Pour cette dernière, l’enceinte est montée à environ 5 bars, et la fuite ne doit pas dépasser 1,5 % par jour.

Le 1er juillet 2025, l’ASNR a clos la phase générique du réexamen des 1 300 MW. Elle ouvre la voie à dix années de fonctionnement supplémentaires après chaque visite, mais chaque réacteur reste examiné un par un. Les trois autres unités de Paluel doivent passer leur quatrième visite décennale d’ici 2030.

Ce que ces chantiers disent du métier #

Ces arrêts illustrent ce que la maintenance industrielle a de plus exigeant : une planification fine de dizaines de milliers d’activités, la coordination de centaines d’entreprises sur un même site et des contrôles non destructifs dont dépend l’autorisation de redémarrer. Chaque jour d’arrêt est un jour sans production. C’est pourquoi la préparation, l’approvisionnement des pièces lourdes et la disponibilité des compétences pèsent autant que l’exécution.

Les sous-traitants spécialisés en profitent directement. Media24 cite par exemple SITES, filiale du groupe Everenn qui compte environ 700 salariés : l’entreprise intervient sur quatre des cinq épreuves d’enceinte prévues en France cette année.

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Le mouvement va durer. Les 20 réacteurs de 1 300 MW, couplés au réseau entre 1984 et 1993, représentent près de 40 % de la puissance nucléaire installée en France, et leurs visites décennales vont s’enchaîner dans les prochaines années. Pour les techniciens de maintenance, les chaudronniers, les robinetiers et les spécialistes du contrôle, le grand carénage reste l’un des plus grands chantiers industriels du pays.

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